vendredi 17 novembre 2017

Question de point de vue

Il y a bien longtemps que je n'ai pas parlé de M. et Mme Lachance sur le blog. Il faut dire que tant que j'étais en pause de PMA, j'arrivais à supporter plus facilement leurs jérémiades incessantes concernant leurs filles de 3 et 6 ans. Parfois fatiguée par ma propre Pâquerette, il m'est même arrivé de participer à ces doléances. Mais il ne faut pas exagérer non plus! A écouter M. Lachance, il vivrait l'enfer dans sa propre maison. De par mon métier je croise quand même pas mal d'enfants, et je peux vous assurer que ses filles sont tout à fait "normale", pas hyperactives, pas particulièrement bruyantes ni pénibles. Normales. 

Samedi dernier, il s'est à nouveau lancé dans ses lamentations de père exaspéré qui ne supporte plus ses enfants. Il nous lançait des perches, essayait de nous faire participer, voulait qu'on se plaigne nous aussi. Il s'est vite aperçu que ça ne marcherait pas, et que je n’allais pas dire moi aussi que ma fille était insupportable ou toute autre horreur! D'abord parce qu'elle était dans la pièce, et qu'en plus, ce n'est pas le cas! De guerre lasse, il en a conclu que c'était "bien plus facile avec un seul enfant. Deux, c'est l'horreur, elles se relaient. Quand il y en a une qui est calme, c'est l'autre qui est chiante..."

Alors même qu'il sait qu'on a recommencé un parcours PMA pour un deuxième enfant. Alors même qu'il est au courant pour ma fausse couche. Alors même que j'étais encore en train de perdre du sang.

Vraiment les enfants n'auraient pas été présents, je crois que je lui serai rentrée dedans!

Il est persuadé que Pâquerette est un petit ange docile (bon, c'est vrai qu'en société, on ne l'entend pas beaucoup!) alors que ses filles seraient de petits monstres malfaisants. Je ne crois pas, non. Je pense juste qu'on n'a pas la même façon de voir les choses. Pâquerette aussi laisse traîner ses jouets dans toute la maison, nous réveille aux aurores le week-end (alors qu'il faut la tirer du lit en semaine pour aller chez nounou...) fait des colères pour ne pas aller au lit, nous sollicite beaucoup, et quand elle est fatiguée, pleure à la moindre frustration... mais je trouve ça plutôt normal, c'est un enfant! Et même s'il faut parfois se fâcher, rappeler les règles, c'est notre rôle de parent. Rôle qu'on a choisi d'endosser, non? 

Et surtout, elle nous apporte tant de bonheur! Le réveil à 7h le dimanche matin est certes matinal, mais les câlins qui vont avec nous donnent la pêche pour la journée. Voir les jouets traîner partout, moi j'aime ça, au moins la maison est vivante. C'était tellement triste, avant Pâquerette, quand tout était à sa place. Oui elle demande beaucoup à jouer avec Papa et Maman, et tant mieux car on adore ça! On passe de très bons moments, et tant pis si le linge à plier attend dans la panière ou si l'aspirateur n'est toujours pas passé. Elle ne restera pas petite tout le temps, alors on en profite à fond, elle est notre priorité. Et on ne se lasse pas de la voir progresser, imaginer, créer, et grandir à toute vitesse.

Bien sûr tout n'est pas toujours rose, parfois on est fatigués et donc moins patients, souvent on pousse un "ouf" de soulagement une fois que Pâquerette est couchée, mais on l'aime notre vie de famille. On l'apprécie sans doute d'autant plus qu'on a galéré des années pour l'obtenir, c'est vrai. Et qu'on est conscient que d'autres n'ont pas cette chance...

Si M. Lachance ne réalise pas le bol qu'il a d'avoir deux petites filles en bonne santé, je ne peux rien pour lui...

lundi 13 novembre 2017

Avancer

Déjà une semaine que je suis en arrêt de travail, et ça me fait beaucoup de bien. J'avais besoin de ce temps pour me recentrer sur moi-même, affronter mes émotions, pleurer un bon coup, et repartir. Je m'étais préparée à souffrir d'avantage physiquement, à sentir l'embryon passer, mais non. A 5 SA je ne devais sans doute pas être assez avancée dans ma grossesse, et je n'ai eu que des saignements classiques de type règles. Ils ont été particulièrement abondants lundi et mardi dernier, c'est d'ailleurs à ce moment où j'ai été le plus au fond du trou. La chute des hormones aidant, j'étais une vraie loque humaine. A partir de mercredi, ça s'est calmé, et aujourd'hui, tout est terminé. Plus de saignements mais aussi plus de signes de grossesse, comme s'il ne s'était rien passé. Ainsi se clôture cette FIV1, qui a commencé le 11 septembre dernier (c'était forcément de mauvaise augure?) Toutes ces piqûres, tous ces kilomètres, ces espoirs, réduits à néant.

C'est dur, mais je dois avouer que je m'attendais à être plus mal que ça. Depuis quelques jours, je me sens beaucoup mieux. J'ai retrouvé la forme, et je serai bientôt prête à recommencer. On va tranquillement attendre le retour de couche pour reprendre rendez-vous avec la gynéco de la PMA. Et essayer de profiter de ce mois de pause pour se retrouver avec mon homme car entre le mois de traitements, le début de grossesse, puis la fausse couche, l'intimité en a pris un sacré coup...

Bien sûr, je n'oublie pas, et je n'oublierai jamais. Les dates sur lesquelles je m'étais projetée seront là pour me rappeler notre petit Polochon. Notre petit espoir. Cette fausse couche fera partie de notre histoire, comme les échecs de transfert pour Pâquerette en font partie. La vie a pris l'habitude de nous envoyer des épreuves dans notre quête pour fonder une famille. Celle-ci n'était pas la première, et il y en aura d'autre.

Alors il faut remettre son armure et repartir au combat. 

mardi 7 novembre 2017

Faux semblant

La journée d'hier a été particulièrement difficile. C'était la rentrée, et dès le matin, au café, ça papotait en salle des maîtres "Alors, tes vacances, c'était bien? Ah ouais t'es parti à tel endroit. Ah mince tes mômes ont été malades, pas de chance. Et toi, comment ça va?"
Moi ça n'allait pas. Du tout. La maladie de Pâquerette qui semble faire une récidive. Notre espoir piétiné. La fausse couche imminente. Mon épuisement physique et moral.
Mais comment le dire devant une petite dizaine de personnes? Impossible. J'ai joué la forte. Et craché le morceau, plus tard, à quelques collègues dont je suis proche, mais sans m'étaler. Ne pas pleurer, ne pas pleurer. J'ai réussi à tenir bon face à ma classe, et pourtant cette année, j'ai vraiment une promo affreuse, tout le monde l'appelle "la classe des monstres" c'est pour dire. J'ai fait semblant. Comme je faisais déjà avec ma fille, mes parents, et même mon homme. Le pauvre déprime complètement, lui aussi, entre ça, l'AVC de son grand père, et le genou de Pâquerette. 

Depuis plusieurs jours je m'appliquais donc à faire comme si de rien : m'occuper de ma fille la journée, regarder des séries le soir et m'écrouler de fatigue dans mon lit pour éviter de cogiter. Surtout, me remplir l'esprit avec autre chose. Pour ne pas y penser, ne pas m'attarder sur ce qui nous arrivait. Après tout, on a subi tellement de galères pour Pâquerette. Ce n'était qu'une épreuve de plus. C'est tellement courant, les fausses couches, ça arrive à tellement de filles. J'allais être forte, surmonter tout ça, penser au boulot, et ça allait le faire. Du moins j'en étais persuadée. Mais en fait je refusais d'affronter ma douleur en face. Je faisais l'autruche.

La réalité m'a rattrapée hier, en plein milieu d'une réunion pour une de mes élèves en difficulté (et dont la maman en face de moi était enceinte...) Les saignements sont arrivés. Légers au début, puis plus abondants au fil de la journée. J'ai eu de plus en plus de mal à faire semblant. Nous avions conseil d'école à 18h, les collègues se sont retrouvés en salle des maîtres en attendant, je les entendais rire et discuter. Je n'ai pas pu y aller. J'ai rangé ma classe, corrigé mes cahiers, pleuré un peu, planquée à mon ordinateur. Mais je ne pouvais pas craquer, pas totalement. J'ai suis allée à la réunion dans un état second, écouté sagement le directeur, et même argumenté sur le retour de la semaine à 4 jours. Puis je suis rentrée chez moi et j'ai embrassé ma fille qui était déjà au lit. 

Et enfin, je me suis écroulée dans le canapé. Non je n'allais pas bien et je devais l'admettre. 

Ce matin, je me suis réveillée avec des petites contractions. Rien d'insurmontable, surtout avec les médicaments, mais vraiment, je ne me sentais pas capable d'aller bosser. Je me sens faible, à la limite du malaise, et pas du tout d'attaque pour faire semblant, encore. Une fois mon homme et ma poulette partis, le boulot prévenu, le rdv avec le docteur pris, j'ai pris le temps de regarder en moi. Et je n'ai vu que de la douleur, de la colère, et tellement de fatigue. Je me suis autorisée à craquer, vraiment, à gros sanglots. Et ça m'a fait du bien. 

Je crois que j'ai besoin d'aller mal, pour faire mon deuil, et pour pouvoir aller mieux ensuite. Et ça je ne peux le faire que toute seule. 

samedi 4 novembre 2017

Crash

D'abord je tiens à vous remercier pour votre soutien. Je n'ai pas réussi à vous répondre individuellement mais tous vos petits mots me vont droit au cœur.

J'ai refait une prise de sang ce matin, et mon taux très bas (13 ui) a confirmé que ma grossesse est bel et bien terminée. Nous sommes montés dans les nuages l'espace de 10 jours, et nous venons de nous crasher. Et ça fait mal.

Pour Pâquerette, j'étais restée bien plus prudente, bien plus stressée aussi. J'avais passé 3 mois en apnée, à ne surtout pas m'emballer, ne surtout pas me projeter. J'avais résisté (je ne sais comment!) et n'avais pas été traîner sur les sites de puériculture, je n'avais pas imaginé la future chambre, bref, j'étais restée sagement à attendre les 12 SA. Puis les 3 mois révolus. Avant de m'autoriser à y croire. Il faut dire que les années d'attente avaient quelque peu anesthésié toutes mes émotions... 

Ce début de grossesse (car grossesse il y a eu, même si ça a été très court, et pour moi c'est important d'en tenir compte, d'ailleurs je vais mettre un libellé grossesse 2, en espérant qu'il y ait un jour un libellé grossesse 3...) ce début de grossesse donc, je ne l'ai pas du tout vécu comme pour ma petite Pâquerette. Je ne sais pas pourquoi, malgré mes peurs, au fond de moi j'étais confiante. Presque sereine. Beaucoup plus détendue. J'avais envie de croire à notre bonne étoile. Pour une fois, c'était à notre tour d'avoir de la chance. Et c'était chouette. J'ai autorisé mon cerveau à s'enflammer, à calculer, à rêver... 

Mon homme aussi s'est projeté, il était si heureux. On était si heureux. Je crois aussi que c'est tombé à un moment où on avait terriblement besoin de positif dans notre vie, entre l'annonce de la maladie de Pâquerette et les soucis de santé de mon homme. On s'est accrochés à ce petit espoir. Beaucoup trop vite. 

Malheureux hasard, nous avons réagencé les chambres la semaine dernière. Notre poulette étant propre depuis deux mois, la commode à langer prenait la poussière, et de la place dans sa chambre. Je tannais mon homme depuis quelques semaines pour qu'il la déplace dans la 3ème chambre qui nous sert un peu à tout (chambre d'amis, garage, pièce à bazar surtout!)... il l'a fait le week-end dernier. On a pu lui installer une chambre de grande, et elle n'était pas peu fière. La 3ème chambre devant servir de chambre d'amis dans les jours à venir, on l'a bien rangée, bien nettoyée. C'est vrai qu'avec le petit lit à barreau et la table à langer, elle ressemble plus à une chambre de bébé qu'à un débarras maintenant. Et c'est dur.

J'aurais préféré avoir une prise de sang négative dès le début. A ça j'étais préparée. Au lieu de ça j'ai passé mes vacances à y croire, et il faut dire qu'il y avait de quoi car j'ai très vite eu des signes de Polochon. J'ai fait super attention à tout, je n'ai pas porté Pâquerette, je me suis même empêchée de faire certaines choses avec elle, et maintenant je culpabilise. Tous ces sacrifices, toutes ces fois où j'ai dû la laisser, faire passer un hypothétique deuxième bébé avant elle... pour rien. Je m'en veux tellement.

Alors, entre deux crises de larmes, je souris, je ris, je joue et je profite de Pâquerette à fond. Elle est mon rayon de soleil, ma raison de vivre, et je veux qu'elle souffre le moins possible de cette situation. Je dois être forte pour elle. De toute façon, je n'ai pas le choix, mon homme est parti hier en urgence dans sa famille, car son grand-père a fait un AVC. La loi des séries. Dire qu'on pensait que la roue avait tourné...

Ce matin, j'ai donc dû lever ma puce aux aurores pour l'emmener avec moi faire cette satanée prise de sang. En chemin, je la regardais dans le rétroviseur. Mal réveillée, elle serrait fort son doudou contre elle. Ça me fendait le cœur de lui infliger ça, encore. Alors j'ai décidé que cette journée ne serait pas triste. Qu'on avait besoin d'une petite dose de bonheur, au milieu de toutes ces galères. Alors, après la prise de sang, on a été se prendre un petit déjeuner toutes les deux. C'est avec un sourire jusqu'aux oreilles que Pâquerette a dégusté son pain en chocolat, le premier de sa vie. Puis on a été flâner dans un magasin qui avait sorti les décorations de Noël, et plein de petits villages miniatures animés, qui clignotaient et scintillaient dans tous les sens.

On est ressortis avec des étoiles dans les yeux. 

Oui, à Noël, il n'y aura pas d'échographie des 12 SA à fêter.

Mais il y aura notre petite Pâquerette à gâter, ses yeux émerveillés. Et c'est déjà une immense chance.